dimanche 24 février 2008

useless war : meet brian depalma

Article publié dans GQ N°1 mars 2008


En s’attaquant à un fait divers monstrueux commis par des soldats américains en Irak, Brian DePalma se permet d’innover dans la forme tout en étant sans compromis dans le fond.
Près de 20 ans après «Outrages» et son terrible regard sur la guerre du Vietnam, le cinéaste américain s’en prend à nouveau à la politique et à l’armée américaines avec «Redacted», en salle depuis le 20 février.


«Redacted» renvoie directement à «Outrages». Vous trouvez des similarités entre la guerre en Irak et celle au Vietnam ?
Comme pour beaucoup de conflits à travers le monde, c’est la bêtise et l’ignorance qui provoquent les tragédies les plus absurdes et inutiles. C’est ce que j’ai voulu exprimer à travers ces deux films. En focalisant sur le même drame à 40 ans d’intervalle, je voulais montrer que nous n’avons tiré aucune leçon de la guerre au Vietnam.
Ces deux conflits ont été extrêmement médiatisés, nous avons été gavés d’images toutes plus ou moins orientées par la Maison Blanche. Ce rapport à une information contrôlée est récurrent aux deux conflits. Lorsque les Américains se sont rendu compte qu’on leur mentait au sujet du Vietnam, c’est le peuple qui y a mis fin en descendant dans la rue. J’espère que «Redacted» aidera à ouvrir les consciences.




Justement, ces derniers mois, beaucoup de films dénoncent et vont dans ce sens : «Dans la vallée d’Elah», «Le Royaume», «Lions et Agneaux». Comment l’expliquez-vous ?
Je pense qu’il y a un réel souhait d’informer et je trouve cela formidable que plusieurs films apportent des points de vue différents sur ce sujet. C’est d’utilité publique que de savoir ce qui se passe réellement là-bas. Nous vivons dans une telle ignorance et prenons tout ce que l’on reçoit comme argent comptant. Heureusement que certains artistes se sentent impliquer et contribuent à informer.




A la différence de ces films, «Redacted» a une forme très documentaire, comme pour accentuer l’objectivité du propos. Vous n’avez d’ailleurs tourné qu’avec des inconnus et travaillé avec différents formats : pellicule, vidéo, podcast…
Ce n’était pas prévu au départ, c’est en préparant le film, lors de mes recherches, que j’ai découvert sur internet des blogs de soldats avec des vidéos, puis des films amateurs de GI’s que j’ai trouvés sur YouTube. Je me suis dit que ces différentes formes n’avaient jamais été vues sur grand écran, et qu’elles étaient idéales pour représenter le discours que je voulais apporter. Il y a tellement de nouvelles formes d’expression qui se développent et que les spectateurs n’ont jamais vues. Je suis un fou de technologie et tous les nouveaux moyens de communication me fascinent. J’espère qu’en utilisant ces procédés formels pour «Redacted», les spectateurs seront sensibles à mon point de vue.

« Redacted », de Brian De Palma, avec Izzy Diaz, Patrick Carroll, Mike Figueroa. En salle le 20 février 2008.